Programme

HyperUrbain.6 : Art et Ville Post-Numérique
Sixième colloque sur les Technologies de l’Information et de la Communication en Milieu Urbain
Université de Savoie, Chambéry, France

Campus de Jacob-Bellecombette, Salle 20020 |

Mardi 6 / Mercredi 7 / Jeudi 8 juin 2017

 

6 Juin 2017

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Mardi 6 après-midi : 14H00

 

14H00

LAGORGETTE Dominique, Directrice du laboratoire LLSETI

Ouverture du colloque 

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14H15

LAUDATI Patrizia / ZREIK Khaldoun / VEYRAT Marc

Présentation de la thématique HYPERURBAIN 6 / Art et Ville Post-Numérique

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Modératrice : LAUDATI Patrizia

14H30

HILLAIRE Norbert, Keynote Speaker :

Donner lieu aux images mobiles (après la fin des grandes utopies modernes).

HU6 photomobiles

Résumé :

Le propre de l’image mobile, c’est que c’est une image qui n’a pas de lieu fixe assigné, et qui « pose la question de l’espace où cette image devient visible » (Maniglier). Il est temps de donner lieu à ces images, s’il est vrai que ce qui les disperse est aussi paradoxalement ce qui les réunit : une même technologie numérique qui, même si on ne la voit pas, les traverse toutes et leur permet de voyager d’un monde à l’autre, d’un format à l’autre, d’un support à l’autre, et d’un espace à l’autre. Ainsi se pose la question de la relation entre esthétique, technique et politique de l’image : où donc telle ou telle image devrait-elle avoir lieu ? On se demandera quel peut être le lieu commun de ces images mobiles, dont nous habitons désormais le monde, mais sous le régime d’un individualisme de masse, qui pose la question du vivre-ensemble et de l’être-avec ces images, la question de ce qui nous réunit dans la prolifération à la fois très contrôlée et incontrôlée de ces images-mouvement de notre temps : entre telle installation d’un artiste, telle image circulant sur les réseaux sociaux, les murs des villes à travers le déploiement d’un street art numérisé, ou de telle image revenant en boucle sur les écrans de télévision, on envisagera cette question à partir de différentes propositions artistiques – qui ont toutes en commun de questionner la relation entre Image mobile et espace urbain.

Norbert Hillaire. Essayiste, théoricien de l’art et des technologies, artiste, Norbert Hillaire est professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis et directeur de recherches à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, laboratoire Art et Flux, Institut ACTE, où il co-dirige le projet ARIAD/R, Archéologie des Innovations Abandonnées, Délaissées ou Résurgentes. Ses Photomobiles interrogent les relations entre peinture, photographie et cinéma et sont régulièrement exposées en France et à l’étranger.

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15H00

SAGKAN Onur et ZREIK Khaldoun :

OASIS[1] RECHERCHEE / L’évolution de l’espace public : de l’espace commun vers l’espace hybride.

HU6 printemps-arabes02

« Vivre est la chose la plus rare au monde. La plupart des gens se contentent d’exister. »

Oscar Wilde

Introduction

Dans une période où la vielle dichotomie traditionnelle (gauche / droite) disparait de la scène politique, la tendance actuelle nous appelle tous vers une nouvelle voie imprévisible sous prétexte de libérer les sociétés des anciennes institutions qui n’arrivent pas à résister aux changements imposés directement par la mondialisation et indirectement par les technologies du numérique. Cette nouvelle tendance s’appuie à la fois sur le modèle individualiste, à l’origine de la démocratie pluraliste mais également sur la réalité de la société de masse. Ainsi Dominique Wolton appelle la société contemporaine comme : « la société individualiste de masse. »[2] Richard Sennett, dans « La culture du nouveau Capitalisme » met l’accent sur les différents exemples de cette contradiction et en fait l’image de l’évolution de l’individu et de la société du XXe siècle. Selon Sennett, la publicité et les médias ont appris à façonner les désirs de telle sorte que les gens ne satisfassent plus de ce qu’ils ont. »[3] L’enjeu actuel demeure de savoir comment trouver un mode de fonction- nement permettant de faire exister différents groupes sociaux minoritaires (qui sont à la fois antagonistes et solidaires entre eux) et l’individu face à la société de masse.

Dans cet article on s’interroge sur les éventuelles pistes d’existence de l’individu et des groupes sociaux minoritaires dans leur relation avec la société de masse. Sachant que cette dernière est très souvent proche du pouvoir et risque de mener vers le totalitarisme comme c’est le cas dans certains pays comme la Turquie et la Russie.

Territoire numérique

Cette situation a pris une autre tournure avec l’arrivé du numérique grand public (les années 90). L’individu et les groupes sociaux minoritaires ont y trouvé une sortie de secours pour la liberté depuis qu’ils ont la facilité d’accéder à un nouveau territoire établit d’objets connectés. Le potentiel annoncé de ce nouveau territoire a rapidement séduit et accueilli l’individu et différents groupes sociaux minoritaires. Ils ont découvert dans ce nouveau territoire connecté, de nouvelles capacités d’expression et de communication ainsi que d’ d’exister autrement. Ils y ont inventé de nouvelles formes de relation sociale et politique. Suivant la capacité de ce nouveau territoire un citoyen lambda, a pu devenir un acteur po- litique comme dans le cas de Wael Ghonim[4] [5].

Dans son article « natifs et immigrants de l’ère numérique » publié en 2001, Marc Prensky, a voulu seulement attirer l’attention sur le changement de la société avec l’usage courant de l’internet. Or, cette immigration mentale et sociétale a été un fait réel. Par exemple, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le sport qui fait gagner le plus de primes n’est plus le golf. Selon le magazine allemand Stern, pendant le championnat du monde des jeux vidéo, qui a eu lieu à Berlin le 31.09.2015, les primes des vainqueurs ont atteint plus que dix millions de dollars.[6] « selon les chiffres publié par l’entreprise Riot Games, qui édite « League of Legends ».[7], 27 millions de personnes y jouent chaque jour ». En 2013 la finale du championnat du monde du jeu a été suivie par 32 millions de personnes. [8]

L’espace numérique

De nos jours, la moitié de la population mondiale est connectée[9]. Cette volonté exprimée, par le citoyen lambda, de faire migrer des activités sociales, individuelles et professionnelles vers l’espace numérique[10] a été couronné avec la création des pateformes de vie virtuelle dit métavers[11] dès les année 90 et ont eu leurs vrais succès dans les années 2000 avec l’arrivé des nouvelles plateformes plus sophistiqués comme seconde life. Au- jourd’hui, nous pouvons en citer une dizaine comme : There, Hipihi, Outback online, Google Metaverse etc. Avec la possibilité de s’approprier de personnalités numériques dans le monde des avatars, l’individu s’est montré capable d’inventer de nouveau statut social que celui qu’il a dans le monde physique (traditionnel)[12]. Dans ce nouvel espace d’échange public, les rôles sociaux changent aussi. Les privilégiés du monde physique et ceux qui sont exclus ou rabaissés, sont tous des citoyens lambda.

L’espace commun, espace public

Le concept « espace public » est redécouvert dans les années 60 par Jürgen Habermas. Ce « lieu » est devenu la référence pour ceux qui voulaient défendre et promouvoir la dé- mocratie pluraliste et humaniste contre les tenants de divers modèles socialistes, marxistes ou communistes. Par espace public, on reconnaissait intuitivement l’importance de la discussion contradictoire, de l’argumentation, de la liberté d’expression, donc de la dimension ouverte de la politique. » [13] Ce concept est issu d’un espace commun, lieu (hétérogène d’un point de vu linguistique) d’échanges commerciaux. Ces échanges ne se limitent pas (et cela depuis les phéniciens) seulement aux biens et services mais aussi des signes et des symboles qui tissaient progressivement un espace de familiarité, voire de sécurité. Le mot « commun », qui apparait au IXe siècle, est lié à l’idée de communal et de communauté, ainsi un espace commun est à la fois physique, défini par un territoire, et symbolique, défini par des réseaux de solidarité.

L’espace public, est au départ est un espace physique : celui de la rue, de la place, du commerce des échanges. C’est n’est que plus tard, à partir des XVIe et XVIIe siècles, que cet espace physique devient symbolique avec la séparation du sacré et du temporel et la progressive reconnaissance du statut de la personne et de l’individu face à la monarchie et au clergé» [14]. Richard Sennett et d’autres ont aussi montré que cet espace symbolique suppose la naissance de la distinction privé / public.

C’est en effet la relégitimisation du privé qui permet à l’espace public de se dessiner et de s’affirmer. Le mot « public » apparaît au XIVe siècle, du latin publicus, et renvoie à ce qui concerne « tout le monde ». Public renvoie à « rendre public », cela suppose un élargissement de l’espace commun et un travail de normalisation, attribuant une valeur normative à ce qui est accessible à tous. Dans le passage du commun au public se lit ce qui deviendra par la suite la caractéristique de la démocratie de masse, à savoir la valorisation du nombre, le complément, en quelque sorte, du principe de liberté et d’égalité. Non seulement l’idée de « public » exprime une valorisation par rapport à celle de « commun », mais surtout elle renvoie à la volonté. Quelque chose n’est pas naturellement et définitivement public. La catégorie du public se crée et se recrée en permanence. L’espace public est évidemment la condition de la naissance de l’espace politique qui est le plus « petit » des trois espaces au sens de ce qui y circule. Dans cet espace, il ne s’agit pas de délibérer, mais de décider et d’agir. » Et la communication est son moteur. Contrairement à ce que l’on croit le message de l’espace public n’est pas toujours politique. Car il peut être issu des relations de domination, de soumission. Pourtant la politique est entre les hommes, elle est horizontale avant d’être verticale. Il est évident que cette dernière situation est aujourd’hui plus assurée dans le monde numérique que le monde physique, ainsi que leurs espaces publics respectifs.

Hannah Arendt, confirme que l’homme a besoin de la politique pour devenir ce qu’il peut l’être. Donc, son immigration mentale vers le numérique est tout à fait légitime quand il suit son instinct pour préparer son avenir. La politique prend naissance dans « l’espace entre les hommes »[15]. Elle est l’outil principal pour construire leur monde. Elle trouve son origine dans l’action et la parole. Pourtant, ces dernières sont relativement volatiles. Pour Arendt, le monde ne tient que par des œuvres (notamment artistiques), des ouvrages, des artefacts, qui doivent être préservés et transmis.[16] Et le contexte de cet acte d’immortaliser le monde ainsi que celui de l’action et de la parole est l’espace public. Cela veut dire que si Hannah Arendt était toujours vivante, la liberté retrouvée dans le monde numérique serait aussi volatile tant qu’elle n’est pas transformée en oeuvre durable. Car, malgré une liberté mentale retrouvé dans le monde numérique l’homme reste toujours aussi physique que mentale et la qualité de la communication du numérique ne peut pas remplacer totalement celle du physique[17]. Ceci pose une vraie question existentielle concernant l’avenir du monde numérique. Comment établir l’œuvre des actions et des pa- roles qui s’y produisent pour sa durabilité au profit de la coexistence sociale ?

Or, est-ce que la réalité augmentée peut aider le zoon politikon d’Aristote à rétablir un équilibre entre les déserts et les oasis? Un très bon exemple à ce sujet est le jeu de réalité augmentée Pokémon GO.

L’espace hybride

Aujourd’hui les Pokémons sont des nouveaux repères dans la ville. Ils ont un fonctionne- ment très similaire à ceux des repères urbains comme les statues ou les monuments[18]. Ce sont des créations numériques se situant dans l’espace public physique. Ils permettent d’établir un espace public hybride avec nouvelles subjectivités collectives et mentales urbaines. Cet espace urbain augmenté qui s’approprie une 4ème dimension[19], nous permet de distinguer plusieurs pistes de recherches :

  • —  Comment répartir le pouvoir décisionnel de l’aménagement urbain puisque le citoyen lambda devient un aménageur naturel dans ce nouvel espace urbain ?

  • —  Comment réinventer le corps des citoyens dans l’espace hybride puisque que le retour soudain à l’espace urbain physique pose des problèmes de sécurité. Par exemple, en Bosnie les autorités ont demandé aux joueurs de respecter les avertissements de champs de mines, que certains ont négligés ?[20]

  • —  Où est la limite entre le privé et le public, puisque la société qui commerciale le jeu se permet d’occuper l’espace public pour des raisons commerciales sans payer les frais demandés par l’administration, alors cela est impossible pour la location d’un trottoir au profit de la terrasse d’une brasserie ?
  • —  Quel est le rôle du concepteur du logiciel et de la société qui le commercialise dans cette discussion purement politique? Est-ce qu’ils sont en train de concevoir la nouvelle bureaucratie et les lois de notre monde car ce sont eux les architectes de la communication de la 4eD ?

Conclusion

L’espace entre les hommes qui était l’espace commun au début, est devenu plus tard l’espace public et ensuite l’espace politique. Aujourd’hui il devient un espace hybride dura- blement et fortement évolutif. L’avenir de cet espace qui permet au zoo politikon d’exister et préparer son avenir, est toujours en débat. Il le sera toujours tant que l’homme et la politique existent et nous allons continuer à observer ses nouvelles apparences dans les années à venir.

[1] La notion utilisée par Hannah Arendt afin de parler du contexte de médiation politique contrairement aux déserts qui sont des espaces apolitiques abritant que la survie biologique. Selon Arendt, notre monde se développe grâce à la politi- que et l’«amor mundi» (le souci du monde). Benoit Goetz, Chris Younès, Monde-Désert-Oasis, Le territoire des philosophes sous la direction de Thierry Paquot, Chris Younès, Paris, La Découverte, 2009

[2] http://www.wolton.cnrs.fr/spip.php?article74

[3] Richard Sennett, La culture du nouveau capitalisme, Paris, Pluriel, 2012, pg 115, 116 5 https://fr.wikipedia.org/wiki/Wael_Ghonim

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Wael_Ghonim

[5] Le mouvement Occupy Wall Street, Le Printemps Arabe, le mouvement Gezi à Istanbul, sont quelques exemples qui permettent de voir que le numérique est capable de changer les règles de la requête du pouvoir.

[6] Charlotte Onfroy- Barrière Courrier International du 03/08/2015.

[7] http://euw.leagueoflegends.com/fr

[8] Catherine Guichard, Courrier International, 21/10/2014 http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/21/en- coree-du-sud-les-gamers-sont-des-rock-stars

[9] http://www.internetworldstats.com/stats.htm

[10] Des nouvelles professions en ligne créées comme cela est le cas pour les joueurs des jeux vidéo, les relations ami- caux entretenus avec les échanges l’utilisation des réseaux sociaux, voire même la recherche de son partenaire par ces derniers. Selon les statistiques, selon un français adulte sur 5 aurait déjà consulté ou utilisé une application de rencontre. (http://www.20minutes.fr/societe/1783143-20160210-sites-rencontre-francais-5-chiffres)

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers

[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/Darknet

[13] Wolton Dominique, Indiscipliné 35 ans de recherche, Paris, Editions Odile Jacob, 2012.

[14] Ad Ibidem [13], p.140.

[15] Le mot espace ne signifie pas seulement l’espace physique.

[16] Benoit Goetz, Chris Younès, Monde-Désert-Oasis, Le territoire des philosophes sous la direction de Thierry Paquot, Chris Younès, Paris, La Découverte, 2009 pg 29-33.

[17] C’est une question éthique à se poser par les sociétés dans les années qui viennent.

[18] Ces repères urbains font évidemment partie de l’œuvre de l’espace public à la Hannah Arendt.

[19] Khaldoun Zreik, HyperUrbain 3, Villes hybrides et enjeux de l’aménagement des urbanités numériques, sous la direction de Khaldoun Zreik Enjeux de l’aménagement de la ville hybridée : une 4ème dimension, pg.9, pg.21, Paris, Euro- pia, 2012.

[20] http://blog.marcelsel.com/2016/07/28/pokemongo-requisitionne-lespace-public-et-rend-con/

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15h30 – 16h00 : Pause café.

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Modérateur : ZREIK Khaldoun

16H00

ARFAOUI Wided

Conservation urbaine et gestion d’une ville historique ; Carthage, Tunisie : Une approche syntaxique.

(D’un paysage archéologique culturel vers un paysage urbain historique : Réconcilier le bien patrimoine mondial avec son environnement urbain et naturel) (Site archéologique de Carthage avec le village et la forêt de Sidi Bou Saïd et le paysage littoral)

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Résumé :

Carthage est une ville historique[1] amalgamée à un site archéologique (l’un des sites culturels emblématiques de la Tunisie : bien culturel inscrit sur la liste du patrimoine mondial depuis 1979, un haut lieu de l’histoire de la Méditerranée et du monde (3000 ans d’histoire confirmée), cette cité résidentielle de 17.000 habitants[2] reçoit plus de 700.000 visiteurs par an, elle est aussi siège de la souveraineté nationale. Cette ville a vu la succession de plusieurs ères culturelles et historiques : (Carthage Punique (814-146 avant J.C.), Carthage romaine, Carthage Chrétienne, Carthage Vandale (439-534 après J.C.), Carthage byzantine (534-698 après J.C.) Carthage Arabo-musulmane et Carthage moderne et contemporaine. Chacune de ces périodes historiques a laissé des monuments et des vestiges emblématiques et allégoriques. Les principales composantes connues du site de Carthage sont l’acropole de Byrsa, les ports puniques, le Tophet punique, les nécropoles, le théâtre, l’amphithéâtre, le cirque, le quartier des villas, les basiliques, les thermes d’Antonin, les citernes de La Malaga et la villa Baizeau conçue par le Corbusier. Et c’est cette diversité qui fait, principalement, la valeur universelle exceptionnelle de ce bien patrimoine mondial (VUE)[3]. La ville a toujours occupé une place de choix dans la politique nationale de protection et de mise en valeur du patrimoine archéologique et historique. Cette politique s’est traduite par diverses mesures législatives, institutionnelles et opérationnelles pour tirer parti du potentiel que recèle ce patrimoine au triple plan culturel, social et économique.

Malheureusement, les stratégies de gestion, les plans urbains consécutifs et les efforts de conservation n’ont pas réussi à atténuer les problèmes, en particulier ceux liés à la structure physique de cette ville, à savoir le problème de la lecture, encore déconcertée et confuse, et celui relatif à la faible accessibilité[4] de plusieurs composantes emblématiques du site. De tels problèmes menacent la viabilité de la ville et rendent les efforts de conservation inefficaces. D’ailleurs, un constat que nous faisons , à l’occasion , est que dans toutes les études qui ont fait de Carthage leur cas pilote : elle était toujours prisonnière des limites physiques du site archéologique bien que son territoire urbain , étroitement attaché au village et foret de Sidi Bou Saïd[5] et la baie de Gammarth est reconnu comme le résultat d’une stratification historique de valeurs et d’attributs culturels et naturels, dépassant les notions de simple « centre historique » pour inclure le contexte urbain plus large ainsi que son environnement géographique et naturel composé , à la fois , par les côtes Nord Est et par une forêt protégée de 300 ha constituant à la fois une réserve archéologique et naturelle. Par cette redéfinition, cette Carthage doit être revue et reconsidérée comme un paysage urbain historique[6] que de par sa position qui est de plus en plus stratégique dans la capitale, est au croisement de grands enjeux urbains et économiques, autrement en plein boom : elle est, alors, amenée à devenir un nouveau cœur de la ville, surtout que d’autre part, l’économie touristique, vitale pour l’équilibre du pays, connaît actuellement une stagnation à laquelle les autorités tunisiennes entendre répondre par une diversification et un recours au tourisme culturel.

Le patrimoine archéologique tient une place déterminante dans le cadre de cette stratégie. Ces évolutions sont donc porteuses d’opportunités à saisir et de menaces à prévenir. Et une telle reconsidération pourrait constituer un atout majeur qui fera de Tunis l’une des rares capitales qui, face à la croissance démographique et à la pression urbaine, posèrent, aussi, la question environnementale et pourraient offrir à ses habitants et à ses visiteurs un vaste parc embrassant aussi bien la culture que la nature : un poumon vert tendant à devenir un lieu stratégique incarnant en partie la réponse des autorités locales face à l’insatisfaction croissante des urbains concernant leurs cadres de vie.

Il est certain que l’intervention dans une telle zone, incontestablement, de premier ordre patrimonial est une mission critique et délicate, car une intervention inadéquate peut conduire à la perte d’authenticité, alors que l’absence d’intervention peut entraîner le dysfonctionnement et la désintégration de quelques zones historiques.

Notre défi, dans cette étude, consiste à déterminer comment, où et comment intervenir pour améliorer l’accessibilité de cette ville, sa lecture, réduire l’isolement de quelques composantes et intégrer d’autres éléments. La syntaxe spatiale qui est à la fois une théorie et des techniques analytiques spatiales qui sont utilisées pour analyser les relations spatiales de divers systèmes spatiaux et tissus urbains, qu’ils soient ordonnés ou spontanés ; en utilisant un certain nombre de mesures objectives, a été utilisée dans un certain nombre d’étude sur la conservation :

Elle est à la fois un outil de diagnostic et un support de décision. En tant qu’outil de diagnostic, il va servir d’identifier les points qui présentent des problèmes d’accessibilité, au niveau de la trame urbaine actuelle, facilitant ainsi les interventions éclairées dans ces endroits. En tant qu’outil d’aide à la décision qui peut donc être considérée comme un système de support de conception et vise à suggérer des interventions physiques spécifiques pour améliorer l’accessibilité de cette ville, il permettra de prédire les conséquences d’une intervention suggérée, ce qui facilite la comparaison des différentes alternatives, conduisant à la sélection de la solution optimale qui améliorerait l’accessibilité de cette ville et allégerait son isolement avec une intervention physique minimale possible dans les zones archéologiques et historiques. L’atténuation de ces problèmes est censée être la clé du développement durable de cette ville historique, ce qui aiderait la ville à retrouver sa vitalité perdue et à accroître les chances de succès des futurs efforts de conservation.

[1] Superficie totale : 640 hectares avec une Superficie des zones archéologiques : 407 hectares environ 63,58% de la superficie totale.

[2] 17010 : Un chiffre actualisé d’après le recensement de 2014 (Institut National de la Statistique).

[3] http://whc.unesco.org/fr/list/37/

[4] Il est très difficile pour le visiteur moyen d’imaginer, à travers les composantes dispersées, la plupart d’eux presque enfouies ou dévalorisées par la présence des constructions privées qu’il est devant les restes de la troisième civilisation importante du monde occidental après la Grèce et Rome .Il est aussi plus difficile pour le visiteur de comprendre et d’apprécier cette civilisation dont la continuité byzantine , islamique , chrétienne est toujours vivante . « L’expérience Carthage » dans son ensemble, n’est pas mise en valeur : les visiteurs de cette ville ont la tendance d’arriver sur des sites individuels, choisis pour former un « itinéraire» qui fait semblant de montrer un volume impressionnant de vestiges d’une grande cité.

[5] Ce village aux pittoresques demeures blanches écarlates et bleues dominant tout le Golfe de Tunis et qui a attiré depuis le 19e siècle , un très grands nombre d’artistes, musiciens et écrivains, dont Chateaubriand, Gustave Flaubert, Alphonse de Lamartine,André Gide,Colette, Simone de Beauvoir etoù le philosopheMichel Foucault rédige « L’Archéologie du savoir ».

[6] D’après une définition de l’UNESCO 2011 : « Le paysage urbain historique est le territoire urbain reconnu comme le résultat d’une stratification historique de valeurs et d’attributs culturels et naturels, dépassant les notions de « centre historique » ou d’« ensemble » historique pour inclure le contexte urbain plus large ainsi que son environnement géographique. »

Wided Arfaoui. Architecte de formation. Ancienne architecte en chef chargée du site archéologique de Carthage. Enseignante à l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis. 

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16H30

VEYRAT Marc et SOUDAN Franck :

U-rss Z.M1 : Vers l’in/fini et l’au-delà…

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Résumé :

En 2017, le Département Communication Hypermédia a terminé sa migration sur Chambéry. Pourtant, au départ, cette aventure semblait loin d’être simple. En effet, comment changer de composante (quitter l’IAE Savoie Mont-Blanc pour intégrer LLSH), passer d’un laboratoire de recherche en Gestion à un laboratoire de Lettres et de Sciences Humaines (de l’IREGE à LLSETI), se déplacer (de quelques kilomètres finalement) avec tous nos étudiants sur un nouveau site (de Annecy-le-Vieux à Chambéry) sans perdre son âme, tout ce qui fait notre différence (donc notre force existentielle), ce que nous nommerons une identité ?+) Dans ce transfert (souhaité mais inévitable) notre département en transit va presque réussi surmonter tous les obstacles. Or ceux-ci composent malheureusement (toutes proportions gardées) le lot quotidien de tout migrant. Car, malgré le fait qu’il n’y ait pas de guerre physique ni vraiment de blessures corporelles, donc évidemment pas de mise à mort (mais bien risques d’une mort symbolique) dans cette curieuse fuite en Égypte[1], nous éprouvions — comme toute personne obligée de quitter son histoire, son pays, ses repères — ce curieux phénomène d’empathie, cher à Gilles Deleuze, associé à tout processus de déterritorialisation.

Afin d’éviter peut-être de tout perdre il nous semblait donc primordial de pouvoir d’une manière ou d’une autre prolonger cette fantastique i-STORY. Toute cette histoire composite, construite entre Sciences de l’Art et Sciences de l’Information Communication, éprouvée pas à pas en réseau, attachée, liée à un territoire et un bâtiment (au départ imaginé autour de notre développement potentiel) et déjà vieille de quinze ans, ne pouvait pas disparaître aussi facilement, en quelque sorte d’un seul trait être rayée de la carte. Dans cette année 2015 notre volonté sera ainsi de transférer avec nos étudiants du Master Création Numérique ce qui était l‘essence même d’un des premiers travaux artistiques géolocalisé sur Google Earth autour du bâtiment de l’IAE Savoie Mont-Blanc : l’œuvre U-rss[2]. Par le biais d’un nouveau et dernier portrait social, Z.M1. Ce ne sera bien sûr pas chose facile. En effet, nous demandons alors à nos étudiants d’imaginer un nouveau portrait social de groupe, presque une Tour de Babel. Dans ce qui serait déjà les ruines d’une disparition programmée, comment anticiper le départ définitif vers un nouveau territoire utopique — ce site de Jacob-Bellecombette — dans ce lieu même où se tiendra bientôt cette sixième édition d’HyperUrbain ?+)

Nous étudierons dans cette communication comment, pour Z.M1, l’i+D première de définir un langage commun à tous, un indispensable et nouveau vocabulaire de signes, va nous entraîner sur les chemins de l’origami, des propositions d’Albrecht Dürer vers les Ziggourats oubliées de Syrie, du concept de chapelet à celui de tesbih, des dispositifs utopiques d’El lissitzky et de la Perspectiva Corporum Regularium dessinée par Wenzel Jamnitzer (1568) vers l’Extrême Orient ou plus loin encore, en passant par le Hong Kong Kowloon… Nous découvrirons ainsi comment ce portrait social est d’abord un concept, marque une nouvelle ®-NAISSANCE et ouvre sur FFF[3]

Nicolas Poussin La-Fuite_en_Egypte-MBA-Lyon

[1] Nicolas Poussin, La fuite en Egypte, 1657, huile sur toile, 98 × 133 cm, Musée des Beaux-Arts de Lyon.

[2] Anaïs Guilet, 4 avril 2015, U-rss, Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2, En ligne sur le site du Laboratoire NT2. http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/u-rss. Consulté le 21 février 2017.

[3] Marc Veyrat / Franck Soudan, FFF, in Archiving and Questioning Immateriality / Proceedings of the 5th Computer Art Congress [CAC.5]
, Edited by Everardo Reyes-Garcia, Pierre Chatel-Innocenti & Khaldoun Zreik, p. 336-352.

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19H30 : Repas dans le centre historique de Chambéry, (offert par le Laboratoire LLSETI).

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7 Juin 2017

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Mercredi 7 matin : HYPERURBAIN 6 : un espace-temps suspendu…

Modérateur : VEYRAT Marc

09H00

BROU Luc :

AND NOW WHAT?[1]

HU6 memoryLane

© FÉLIX LUQUE SÁNCHEZ ET IÑIGO BILBAO, Memory Lane

Résumé :

Le point de vue que je propose est celui d’un professionnel, aujourd’hui co-directeur du festival d’arts visuels, sonores et numériques ]interstice[[2] à Caen. Au cours d’un master en 2015 et 2016, j’ai travaillé sur les lieux de création numérique, l’architecture et le chantier culturel puis la relation entre culture et territoire à Montréal. Je souhaite dans cette note d’intention poursuivre ces réflexions et proposer de répondre à ce que l’art peut produire dans la ville numérique après l’exposition de trois points : la matière numérique, un système complexe dans lequel elle s’exprime et une durée historique.

La matière numérique

Le « numérique » est un mot-valise où il est aisé d’inscrire tout et son contraire si le sujet est constitué en partie d’une technologie digitale. La notion pose problème dans les arts plastiques avec une fracture entre ce qui relèverait de l’art contemporain et de l’art numérique. Cela repose sur une méconnaissance des processus d’expérimentation et sur un fantasme qui voit le « numérique » comme une virtualité aux pro- priétés magiques donc néfastes. Cette opposition confond la matière et l’écriture. Le marbre ferait-il le sculpteur ? Pourquoi la supposée virtualité d’un code ne serait-elle pas en mesure de générer de l’art ? Le « numérique » est une matière, un outil avec lequel on fait corps et qui suppose une médiation matérielle. Sans aucun doute, ces confusions disparaitront du fait de la transversalité numérique, les nouvelles technologies ne seront plus nouvelles et l’art « numérique » n’aura plus d’utilité comme élément d’identification d’une pratique. Fort à propos, Milad Doueihi suggère de parler de « culture numérique » pour mettre l’accent sur la transformation de la vision du monde que produit la diffusion des technologies digitales.

Un système complexe

Les villes sont des moteurs du développement qui constituent un environnement physique et spatial produisant des données multiples et un système complexe de relations humaines. Cela implique « un contrôle et une maîtrise de plus en plus précise et dynamique » et cela « ouvre sur des zones d’indétermination et d’autonomie ». Alors l’enjeu ne serait-il pas « d’introduire plus de liberté et la continuité de la conception plutôt que de permettre une meilleure maîtrise des formes et des prises de décision ? »[3] J’ai étudié la relation entre la culture et la ville par le prisme du Quartier des spectacles de Montréal. Mon hypothèse était la capacité de la ville à produire une hybridation entre art, ur- banisme, économie et politique. Reposant sur des rapports de force constants, elle est le fruit d’une histoire qui a débuté comme à Nantes et Glasgow au début des années 90.

Une durée historique

Une démarche artistique s’inscrit dans une histoire et dans une durée. Ceci est aussi valable pour l’architecture, les sciences et les technologies. En cela, Aux Sources de l’utopie numé- rique et Le Cercle démocratique de Fred Turner constituent par exemple des éclairages saisis- sants d’une lecteur historique des relations entre culture, démocratie et technologie et d’une analyse du pouvoir qu’exerce aujourd’hui la Silicon Valley dépassant le cadre économique pour toucher aux libertés publiques, à l’exercice du pouvoir et au vivant.

Que peut faire l’art ?

La ville se veut à la fois attractive, intelligente, durable, innovante, résiliente, juste, inclusive, citoyenne, participative, créative et culturelle… « Toutes ces propositions (…) n’ont en vérité, aucun sens. » dit l’architecte Alexandre Chemetoff. « La question est ailleurs : comment chaque ville peut-elle trouver dans sa singularité les ressources de manifester, non pas une hypothétique identité, mais ce que Jean-Christophe Bailly appelle le dépaysement ? Le senti- ment (…) d’être précisément là où nous sommes et non pas en quelque autre endroit. »

Carrefour des disciplines et des problématiques de la ville, l’art peut :

  • — Privilégier « l’écriture » à l’éphémère séduction de nouvelles esthétiques technologiques. S’emparer, éprouver et détourner ces technologies.O
  • — S’inscrire dans la durée pour proposer une écologie artistique qui pourra, par exemple, réfuter un appel à projets sur l’intelligence artificielle dont le but est d’« augmenter l’adhésion » du public.O
  • — Proposer des mises en perspective pour opposer au solutionnisme technologique une réflexion de fond.O
  • — Être à l’écoute du travail accompli par les sciences humaines et retenir la proposition que l’anglais serait la langue de la technologie et le français la langue de la négociation avec la technologie.O
  • — Faire des démarches artistiques une remise en question des domaines auxquels elles s’adressent.O
  • — Ne pas opposer le « numérique » à la mise en œuvre d’autres pratiques artistiques et urbaines. Croiser des compétences et privilégier la mixité disciplinaire…

Conclusion

La « question numérique » n’est pas un sujet en tant que tel. J’adhère à la proposition de Gilbert Simondon sur la nécessité de comprendre et maitriser l’outil. Je crois qu’il faut réfuter toute fantasmagorie et diabolisation, relever et mesurer les risques, les dangers mais aussi les apports réels, et tenter de produire des réponses aux multiples en- jeux qui se présentent à nous, fruits d’une longue (r)évolution.

[1]  J. Farago, Virtual Reality Has Arrived in the Art World. Now What?, New York Times, 3 février 2017.

[2]  ]interstice[, rencontre des inclassables, créée en 2006, présente sa 12ème édition consacrée aux arts visuels, sonores et numériques et à la découverte de nouvelles écritures artistiques. http://www.festival-interstice-net (programmation en ligne début avril)

[3] V. Châtelet (collectif), interactive cities, anomalie digital_arts n°6, Orléans, HYX, 2007

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09H30

HERBET Aurélie :

Des flux urbains aux fictions situées : lire et écrire la ville entre marches, expériences poétiques et dispositifs médiatiques.

Résumé :

Pratiquer la ville, la fouler de ses pas, l’observer, la sentir, jouer avec sa configuration spatiale, sont des opérations favorisant les relations à l’espace urbain, lequel se perçoit à travers la prise en compte de ses données, de ses flux numériques. Cette communication s’intéressera ainsi à la pratique artistique des fictions situées.

Les fictions situées sont des propositions poétiques et narratives mises en oeuvre par des dispositifs numériques mobiles et géolocalisés (via des smartphones). Depuis 2012 ce travail de recherche – entre pratique et retours théoriques -, se manifeste par des expériences dont le principe est de construire un imaginaire à partir d’un espace urbain, en s’imprégnant de ses reliefs, de sa géographie, de son architecture ou encore de son histoire. Ces dispositifs s’activent grâce à la collaboration de plusieurs participants construisant ensemble une proposition, un échange sonore ou encore photographique à partir d’une carte commune, tracée en temps réel sur l’écran de leur smartphone (via l’application Média Situés, développée par le collectif Orbe).

Entre déambulation, promenade, parcours ou encore course, ces expériences situées invitent à ce que nous appellerons une expérience fictionnelle incarnée. Plus qu’un simple déplacement physique auquel s’ajoute un scénario, c’est bien d’une réelle modification perceptive de l’espace qu’il s’agit de rechercher. On s’interrogera alors sur l’engagement du corps, ici considéré en tant que monteur et producteur de l’expérience tant physique, numérique qu’imaginaire.

Dans ce contexte, la découverte piétonnière de la ville s’associe à la collecte de données, de tracés cartographiques projetant le corps dans la construction d’une histoire, d’une autre manière de percevoir, de concevoir l’espace urbain à partir de créations poétiques et/ou narratives et de protocoles écrits en amont de ces marches à travers l’espace urbain. Selon des rhétoriques combinatoires, les marcheurs tournent des parcours, élaborent des styles et des usages déterminant une manière de faire particulière [1].

La ville comme « théâtre de flux[2] », la ville au-delà de son inlassable recommencement quotidien est dans ces pratiques un organisme à découvrir, à explorer afin de dévoiler ses « zones inconscientes[3] » et ce, au-delà de l’art qui pourtant fait jaillir cette pensée.

Nous décrirons précisément ces expériences mais nous nous attacherons également à étudier le champ lexical relatif à l’appropriation de territoires urbains (avec la distinction entre les termes d’espace, de lieu et de site) : « Le terme d’espace recouvre un champ d’acceptions extrêmement large qui repose autant sur des notions formelles et abstraites que sur l’expérience subjective et plus ou moins directe de la réalité[4]. » Que perçoit-on de l’espace, d’un espace ? Comment l’appréhende-t-on dans le cadre d’un dispositif artistique ? Aussi, loin du sens commun qui conçoit l’espace « comme un contenant vide, passif et neutre dans lequel on se meut pour agir[5] », les fictions situées s’attachent à établir des relations – sensibles, émotionnelles, imaginaires –, mais également à nouer, associer des espaces hétérogènes entre eux, que ceux-ci soient numériques, fictionnels ou tangibles.

Nous analyserons en outre la notion de site dans le contexte des expériences mobiles situées en situation urbaine. Si le lieu est déjà un espace chargé d’histoire, qui fait « appel au temps, à la mémoire[6] », le site apparaît selon Anne Cauquelin comme « la dialectique de l’espace et du lieu[7] » en se nourrissant des deux spatialités qu’il nie : « De l’espace, il garde le positionnement, la situation, l’établissement ponctuel et repérable sur une carte du territoire. […] Du lieu, en revanche, le site garde le trait principal qui est de mémorisation, d’enveloppement, d’environnement, qu’il s’agisse du milieu physique ou de milieu contextuel, comportemental et transmissible par les usages, ou bien d’archivage[8]. » Ainsi, selon nous, ce qui est à l’œuvre dans les Fictions situées, est le passage d’un espace pratiqué à un espace travaillé en tant que site. Nous développerons cette idée.

Cette communication s’appuiera largement sur nos expériences mais convoquera également un corpus d’oeuvres et d’expérimentations[9] dont les caractéristiques communes sont de concevoir la ville comme le matériau d’une exploration poétique (sonore, textuelle, video ou photographique). Dans ce cadre, nous préciserons les modalités engagées par ces dispositifs impliquant des situations fictionnelles en contexte de mobilité.

[1] « Ce que produit cet exil marcheur, c’est très précisément le légendaire qui manque à présent dans le lieu proche ; c’est une fiction, qui a d’ailleurs la double caractéristique, comme le rêve ou la rhétorique piétonnière, d’être l’effet de déplacements et de condensations. Corollairement, on peut mesurer l’importance de ces pratiques signifiantes (se raconter des légendes) comme pratiques inventrices d’espaces. De ce point de vue, leurs contenus n’en sont pas moins révélateurs, et plus encore le principe qui les organise. Les récits de lieux sont des bricolages. Ils sont faits avec des débris du monde ». Michel de Certeau, L’invention du quotidien, I. Arts de faire [1980], Paris, Gallimard, 1990, p. 160-161.

[2] Francesco Careri, Walkspaces. La marche comme pratique esthétique, Paris, Éditions Jacqueline Chambon, p. 96.

[3] Ibidem, p. 97.

[4] Paolo Amaldi, Espaces, Paris, Éditions de la villette, 2007, p. 17.

[5] Alain Alberganti, De l’art de l’installation. La spatialité immersive, Paris, L’Harmattan, 2014, p. 157.

[6] Anne Cauquelin, Le site et le paysage, Paris, PUF, p. 78.

[7] Ibidem, p. 85.

[8] Ibidem.

[9] Avec le travail de Janet Cardiff, du Collectif Mu, d’Orbe ou encore de Rimini Protokoll.

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10H – 10H30 : Pause café.

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Modératrice : LE PRADO Cécile

10H30

DROUET Jeanne :

De l’exercice cybergraphique : Retour sur une investigation ethnographique et artistique autour des usages du numériques.

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11H00

BURSZTYN Gabriel :

Le smartphone dans les trajets quotidiens : rupture présentielle, refuge et ludisme.

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11H30

BRANDON Carole et VALENTINOVA PETROVA Lilyana :

Facebook : cartographie d’espaces / temps flottants, à partir de l’analyse de la performance #24h-odyssey.

HU6_#24H.ODYSSEY

Résumé :

#24h-odyssey est une performance urbaine et connectée[1], réalisée en résidence par le BAM[2] au Foyer des Jeunes Travailleurs du Biollay (Chambéry) dans le cadre du Festival Courts-Circuits[3] à Chambéry. Elle se partage en deux temps. Dans un premier temps, Pénélope (Carole Brandon) et Ulysse (Lilyana Valentinova Petrova) avec l’aide des jeunes du foyer, des habitants du quartier et de tout participant volontaire, tous ensemble vont écrire, trois jours durant, l’Odyssey de Homère sur des kilomètres de rouleaux de tissu. Puis, dans un second temps, de samedi 17 septembre midi au dimanche 18 septembre midi, advient le voyage. Pénélope de son palais (le FJT) avec l’aide de son équipe devra diriger Ulysse (et son vaisseau) uniquement via la page publique Facebook de l’événement[4] . Ulysse, quant à lui, devra suivre en temps réel les instructions données à distance depuis le ‘palais’ et ainsi retracer la carte de son fabuleux voyage en collant les rouleaux de tissu par terre sur le territoire de la ville. Seule Pénélope connaît l’itinéraire et les distances en amont. Ulysse lui subit le sort de ses indices. Sans tenir compte des obstacles (de communications, d’aménagements urbains, de froid, de pluie, de nuit), Ulysse rejoue son périple épique dans la ville de Chambéry.

Avec cette œuvre, dans le cadre de ce colloque HYPERURBAIN 6, art et ville postnumérique, nous proposons d’interroger d’une part les espaces particuliers entre les superpositions des cartographies possibles: entre réalité et fiction, entre emboitement et extension, entre machine et corps. Ce qui nous intéresse ici est le rôle joué et détourné de Facebook : d’un côté dans une communication dépendante (Ulysse ne connaît pas la carte à l’avance et le mur est son seul moyen de communication) ; d’un autre côté, Facebook joue le rôle d’enregistreur indispensable d’inscription des traces de la performance, guide et espace de rencontres. Ainsi, en confrontant deux espaces très différents, démultipliés chacun dans des logiques opposées (emboitement et extension), nous interrogeons ce qui se situe entre et dont Facebook conditionne les relations et les oppositions. Nous envisagerons cet espace entre en tant qu’espace flottant, dans la lignée de l’entre-image de Raymond Bellour[5] et le Ma japonais analysé par Augustin Berque[6].

D’autre part, cette même logique de confrontation peut aussi être abordée de point de vue temporel. Si les espaces, en tant que cadres de la relation et en tant que supports d’inscription, se confondent et s’imbriquent pour retracer une cartographie discordante, les différents temps conditionnent ces assemblages. La circonscription de la performance dans les limites des 24h rend possible sa réalisation puisque ce cadrage projette une conscience temporelle qui, bien que fictive, permet de saisir la matière du temps par couches significatives (dans le sens de matter of time). Semblable au débobinage des rouleaux de tissu, le déroulement du temps se réalise lors d’événements divers : l’histoire originelle, l’écriture homérique, la réécriture sur les bandes, sur le mur Facebook, sur le sol de la ville. À chaque lieu, une temporalité raisonne en correspondance, déterminant les flux et les rythmes[7] et cartographiant les espaces. Nous pouvons en citer pour le moins trois de ces temps à commencer par celui du feed, qui obéit à une présupposition de continuité cadencée et toujours processuelle, dépendante des lieux de réalisation ; ensuite celui du live, qui imite une immédiateté aplatie sur l’écran et partagée ‘en temps réel’ ; puis celui du post, qui est censé rendre compte d’une expérience dans le temps (compter?) par morceaux de mémoire. En outre, si Ulysse avance de manière à la fois intermittent et ininterrompu, Pénélope ‘dure’[8] avec les intermittences et les constances qui sont les siennes, la rencontre des deux étant délégué à l’outil Facebook qui se charge de l’articulation. Les fissures, les décalages et les insuffisances dans la représentation de la relation entre les deux rendent possible la sculpture du récit. La performance même existe justement dans ces discordances où elle creuse son espace-temps propre et l’étire, le cartographie, et le rend habitable.

Enfin, afin que les spectateurs puissent expérimenter en live ces hybridations particulières d’espaces-temps via nos machines et réseaux connectés, pour ce colloque nous proposons une présentation particulière de notre projet qui rejouera les ‘flottements’ questionnés.

[1] Performance de 3 jours du 6 au 9 septembre au Foyer des Jeunes Travailleurs La Clairière, dans le quartier Chambérien le Biollay, pour écrire la totalité des récits d’Ulysse sur des bandes de tissus de 10 cm ; puis perfomance du samedi 17 septembre midi au dimanche 18 septembre midi, dans la ville de Chambéry pour retracer envers et contre la carte du voyage d’Ulysse. https://www.facebook.com/24hodyssey/

[2] BAM, espaces d’expérimentations artistiques, crée et coordonné par Virginie Frison et Victorine Sagnard : http://www.lebam.fr/


[3] Festival d’art visuel, organisé par le BAM avec l’Espace Larith, http://courts-circuits-chambery.fr/

[4] https://www.facebook.com/24hodyssey/

[5] Bellour, R. (2001). L’Entre-Images 1, Photo, cinéma, vidéo. La Différence.

[6] Berque, A., & Sauzet, M. (2004). Le sens de l’espace au Japon, vivre, penser, bâtir,. Arguments.

[7] Leroi-Gourhan, André. Le geste et la parole: La mémoire et les rythmes (1965). Paris: Albin Michel, 1988.

[8] Au sens bergsonien, Bergson, Henri. Durée et simultanéité. À propos de la théorie d’Einstein. (1922). Chicoutimi, Québec: Édition électronique, PUF, 1968, 7e édition, 2003. http://classiques.uqac.ca/classiques/bergson_henri/duree_simultaneite/duree_et_simultaneite.pdf.

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12h00 – 14h00 : Pause déjeuner.

 

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Mercredi 7 après-midi : HYPERURBAIN 6 : un espace hybride de communication…

 

Modérateur : IBANEZ BUENO Jacques

14H00

BOUISSOU Christine :

Ecologies et dissémination du féminin dans la ville : vers de possibles redéfinitions

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14H30

HAMARNEH Sally / DE PAOLI Giovanni / ZREIK Khaldoun :

La spécificité communicationnelle des lieux publics dans l’ère digitale

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15H – 15H30 : Pause café.

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Modératrice : LELIEVRE Edwige

16H00

MERICSKAY Boris

Appréhender la ville autrement à l’heure des données nombreuses : la géovisualisation comme nouveau paradigme exploratoire.

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16H30

ANDRIOLO Arley et IBANEZ BUENO Jacques :

Une méthodologie visuelle au carrefour de l’anthropologie visuelle et de la psychologie sociale : le cas d’une recherche sur des populations brésiliennes.

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 17H00

GONTIER Elodie

Quand le réseau vient à la ville : enjeux et questionnements sur les technologies de contrôle dans la Smart City.

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8 Juin 2017

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Jeudi matin : HYPERURBAIN 6 : un espace ludique…

 

Modératrice : BRANDON Carole

09H00

LE PRADO Cécile / MADER Stéphanie / NATKIN Stéphane / ODEH Lubna :

Analyse des Jeux pervasifs multi-joueurs en milieu urbain.

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09H30

LELIEVRE Edwige :

Les espaces mixtes, morcelés, reconstruits et repeuplés du jeu vidéo OFabulis.

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10H – 10H30 : Pause café.

 

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Modérateur : VEYRAT Marc

10H30

DESCAMPS Nicolas :

Vers un Urbanisme Participatif Numérique ludique : l’exemple de Minecraft.

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11H00

BEBIE-VALERIAN Gaspard :

VIRIDIS, la ferme à spiruline.

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11H30

ARMANAC (Nicolas Ducrettet / Gaëtan Le Coarer)

DJINN (Morgane Pochat / Jordan Fraser)

Des expériences étudiantes en cours de réalisation…

 

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O
12h00 – 12h30 Clôture du colloque et annonce d’HU.7

O
12h30 – 14h00 : Pause déjeuner.